• Cha No Yu

     

                          

    Le thé a, au Japon, une dimension culturelle très forte. Plus qu’un art de vivre, c’est un culte fondé sur l’admiration du beau parmi les vulgarités de l’existence quotidienne. Cette philosophie se traduit sous la forme d’une cérémonie, extrêmement codifiée, qui se déroule dans un lieu précis et dont chaque geste est soigneusement observé, une maîtrise obtenue au prix d'années de pratique.

    Les quatres principes de base de la cérémonie du thé s'expriment par les caractères "Wa - Kei - Sei - Jaku":

    "Wa", l'Harmonie, valeur fondamentale de la pensée japonaise, est ici celle qui doit régner entre l'hôte et ses invités, les saisons et les ustensiles utilisés;

    "Kei", le Respect, valeur fondamentale de l'esprit Confucéens, est ici le respect entre les personnes, mais aussi vis à vis des objets et du thé lui même;

    "Sei", la Pureté, une valeur mise en avant par le Shintoisme, est pour les participants à la fois physique et spirituelle, les rituels de purification étant omniprésents tout au long de la cérémonie. La pureté concerne également le thé lui même, qui ne doit pas être mélangé à quoi que ce soit;

    "Jaku", la tranquillité de l'esprit, ne peut être atteinte qu'au travers de la réalisation des 3 premiers principes.

    Appliqués au quotidien comme valeurs universelles, ces quatre principes définissent aussi la voie du thé, véritable philosophie de vie.L'atmosphère  créée à la fois par la beauté de l'environnement naturel et des arts, et le déroulement formel de la réunion, permet au participant d'oublier le monde extérieur, pour se concentrer sur son moi intérieur et méditer, donnant à la cérémonie du Thé toute sa dimension spirituelle. Elle peut donc s'interpréter comme un acte de purification intérieure.

     

    Suivant la tradition de SEN Rikyu, la cérémonie du thé (appelée "Chanoyu" en japonais, littéralement "l'eau du thé") est normalement pratiquée dans un petit pavillon spécifique ("Chashitsu"), généralement situé dans un endroit ombragé du jardin et réservé à cet usage, qui comprend une chambre de thé et une salle de préparation, cinq personnes au maximum participent à la cérémonie. Plus petit que les maisons traditionnelles, ce pavillon doit donner l’impression d’une pauvreté raffinée, le dépouillement étant pour les Japonais l’expression de la beauté véritable.Vers la fin du XVe siècle selon l'idéal préconisé par SEN Rikyu,  un tel pavillon est construit en bois et  recouvert d'une chaume faite de paille de riz. De construction légère, il doit paraître aussi naturel que les arbres ou les rochers, s'intégrer au paysage et ainsi rapprocher l'homme de la nature. La traversée du jardin doit permettre aux invités de se préparer intérieurement à la cérémonie, celui-ci offrant une transition entre le monde extérieur et le monde du thé. Avant d'entrer dans le pavillon, chaque participant est invité à se purifier et se débarrasser de la saleté du monde extérieur en se rinçant la bouche et en se lavant les mains dans une bassine de pierre. 

    Basse et étroite (nijiruchi), l'entrée oblige le participant à s'abaisser profondément, le forçant par là même à laisser tous sentiments d'orgueil et de supériorité au dehors (pour le Samouraï, ceux-ci étaient symbolisés par ses sabres...), et à se placer dans un état d'esprit d'humilité.

    La réunion de thé inclut diverses phases de purification du lieu et des participants. Le pavillon de thé est d'abord nettoyé par l'hôte, puis purifié en y brûlant des bâtonnets d'encens. Le chemin d'accès qui traverse le jardin est aspergé d'eau dans le même souci de purification. Devant le tokonoma, alcôve un peu surélevée et seul endroit de la pièce qui soit décoré, les invités s’inclinent. Le tokonoma est orné d’un bouquet ikebana symbolisant la saison, voire d’un kakemono, peinture choisie en harmonie avec l’ikebana. Le kakemono peut être remplacé par un tonokoma, rouleau orné d’une citation calligraphiée lors d’occasions particulières. L’invité d’honneur s’assoit dos au tokonoma, tradition venant de l’époque des samouraïs, le tokonoma étant le seul mur de la pièce qui soit plein et empêchant ainsi toute attaque par derrière.Un foyer sert  à faire bouillir l'eau et à chauffer la pièce en hiver. Par sa grande sobriété et sa simplicité, la décoration intérieure évoque celle des monastères Zen. Elle utilise néanmoins des bois et tatamis de grande qualité. Rien n’est  laissé au hasard : décor, mets, sujets de conversation. Un grand respect est porté aux geishas qui maîtrisent parfaitement le moindre détail de la cérémonie.

    Le cérémonial complexe et harmonieux qui entoure la préparation et la dégustation du thé prouve que ce rituel dépasse largement une simple vocation gourmande. L'art du thé japonais ne saurait se réduire à un art de gourmet. Pour parvenir à une maîtrise parfaite de la cérémonie, le pratiquant doit s'astreindre à des années de pratique. Habillé d'un kimono, il utilise des ustensiles spécifiques qui sont de véritables objets d'art et participent à cette recherche globale de sérénité et d'harmonie. Les invités eux-mêmes doivent connaître leur « partition » pour participer à cette symphonie sans fausse note. La cérémonie complète du thé se nomme « chaji » ; elle dure quatre heures. Chaque étape est minutieusement réglée: des divers préparatifs à l'acceuil des invités, des gestes accompagnant la préparation du thé par l'hôte jusqu'à sa dégustation par les invités à tour de rôle dans l'unique bol, pas un détail n'est laissé au hasard. Les mouvements du corps sont quasiment chorégraphiés, jusqu'à la position des doigts! 

    Au départ, une collation légère est servie, suivie d’une courte pause. Vient ensuite le Goza Iri, moment central de la cérémonie, au cours duquel est d’abord servi un thé épais, Koïcha, puis un thé léger, Usucha.

                                                                             

     Diverses purifications et civilités d’usage ont lieu jusqu’à ce que l’hôte frappe cinq coups sur un gong. Après une suite de gestes minutieux, il verse trois cuillerées de Matcha par invité dans un bol, puise une louche d’eau chaude et bat la mixture avec un fouet en bambou jusqu’à obtenir un liquide épais « la mousse de jade ». Le bol est posé près du foyer et l’invité d’honneur s’approche à genoux, ce dernier prend le bol, le fond reposant dans la paume de sa main gauche et lui donne par trois fois un mouvement circulaire de la main droite, de gauche à droite. Il boit alors trois gorgées et, après la première, formule des compliments sur le goût du thé. Ensuite, il essuie l’endroit touché par ses lèvres avec le papier Kaishi, qu’il a amené avec lui, et passe le bol au second invité, qui procède de même et ainsi de suite. Le dernier rend le bol au premier qui le tend à l’hôte.

    Les différentes phases du Cha No Yu ont été prépondérantes dans le développement de l’architecture, de la science des jardins, des aménagements paysagers, de la porcelaine ou de l’art floral japonais. Chaque étape implique en effet une adhésion esthétique dans des domaines très divers. Il s’agit, par exemple, d’apprécier les ustensiles nécessaires à la cérémonie : le bol, la boîte, la louche, le fouet, souvent de véritables objets d’art. Mais de savoir également goûter les décorations prévues, telles que le Kakemono, peinture verticale sur rouleau, le Chabana, arrangement de fleurs conçu pour la circonstance, ou encore l’harmonie des pentes des toits de la chambre de thé.

         

    L'atmosphère ainsi créée à la fois par la beauté de l'environnement naturel et des arts, et le déroulement formel de la réunion, permet au participant d'oublier le monde extérieur, pour se concentrer sur son moi intérieur et méditer, donnant à la cérémonie du Thé toute sa dimension spirituelle. Elle peut donc s'interpréter comme un acte de purification intérieure. 

    L'étiquette minutieuse observée lors de la cérémonie a influencé fondamentalement le savoir-vivre japonais. S’intéresser à cet art séculaire, destiné à donner grâce et manières raffinées à ceux qui l’observent, est une des clés d’accès à la compréhension de la société japonaise.

     


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